Motivation et gestion mentale, sources de travail collaboratif

Dans les 24 écoles participantes au projet de formation et de suivi en gestion mentale de la zone 10, de plus en plus d’enseignants ont acquis des connaissances et découvert des pratiques pédagogiques qu’ils ont transférées dans leurs classes. Toutefois, nous constations que la collaboration entre collègues formés et « pratiquants » restait anecdotique dans la plupart des établissements scolaires. Nous avons donc eu l’idée de proposer un suivi INTRA-ECOLE, réunissant des enseignants d’une même école, les invitant à mettre en ébullition leur intelligence collective autour de la gestion mentale et la motivation.

Nous avons préparé deux journées, nous basant sur l’approche de Daniel Favre dans son livre : « Cessons de démotiver les élèves, 20 clés pour favoriser l’apprentissage », aux Editions Dunod. C’est très complémentaire à la gestion mentale. En effet, l’auteur apporte un éclairage neuroscientifique sur le fonctionnement de notre cerveau, et sur le fait qu’émotions et cognition sont étroitement liés, et que nous avons plusieurs sources de motivation, interne et externes. La gestion mentale, nous ayant outillé pour expliciter COMMENT se mettre aux commandes de son cerveau pour apprendre, nous permet de mieux nous servir de ces clés.

Nous n’avons finalement pu organiser  une seule journée en ce troisième trimestre, et la deuxième est reportée à l’année scolaire prochaine (si le projet est reconduit par la zone). Nous avons eu l’occasion d’aborder les clés 1 à 8, ainsi que la 18 qui est celle du travail collaboratif.

 

La clé 5 est centrale dans son ouvrage, puisqu’elle présente les 3 systèmes de motivation qui nous habitent tous : celui qui nous sécurise (SM1), celui qui nous amène à innover (SM2), et enfin, celui qui nous coince dans l’addiction (SM1p). Pour apprendre, les 3 systèmes sont à l’œuvre, et l’auteur, Daniel Favre, nous l’explique dans la vidéo suivante, extraite d’un congrès mondial sur la pensée complexe organisé par l’UNESCO en 2016.

Dans la clé 6, Daniel Favre nous explique la courbe de l’apprentissage, qui montre clairement que face à un problème inédit, il est normal de vivre une déstabilisation cognitive et émotionnelle, et que grâce à des essais/erreurs, des explorations, tâtonnements, découvertes, l’apprenant va remonter la courbe, vers un état émotionnel agréable, car il aura solutionné le problème.

Dans ce reportage, « Apprendre autrement, A la découverte de la motivation des élèves », (Une expérimentation en collèges, académie de Créteil. Film réalisé en 2019 par Vincent DOUBRERE, ICE Production et financé par le Fonds Social Européen), vous verrez qu’une enseignante exploite cette courbe de l’apprentissage en classe, et que certains élèves lui reconnaissent une utilité pour nourrir leur motivation.

 

Wooclap & Wooflash

Dans cette période d’enseignement hybride qui s’éternise, voici deux applications belges qui vous permettent d’ajouter de l’interactivité dans vos cours. Les élèves peuvent y avoir accès en classe , ou à distance (avec une connexion internet et le matériel adéquat), via un QR-code, une adresse url, ou encore un sms. A vous de décider quand cela vous semble le plus opportun, pertinent, efficace pour eux.

Cela prend un peu de temps et d’énergie pour se familiariser avec l’outil, mais une fois que l’investissement est fait, c’est vraiment rentabilisable. En effet, vous pourrez continuer à l’utiliser quand l’enseignement sera revenu à 100% en présentiel.

En tant qu’enseignant.e, vous pouvez vous inscrire avec votre adresse institutionnelle et avoir accès à un nombre illimité de questions et/ou de “flashcards”.

Je vous propose en italique une ébauche de liens à faire avec la gestion mentale, que vous allez pouvoir compléter vous-mêmes via l’utilisation de ces applications.

Pour accéder à chacune d’entre elles, cliquez sur le titre du paragraphe.

Wooclap

Cette application permet de dynamiser nos présentations en posant des questions (14 types différents dont des QCM, des questions ouvertes, des appariements, des localisations, etc.) aux participants pour réactiver ce qui a été vu, pour demander aux élèves comment ils se sentent, pour leur donner un temps de pause évocative pendant le cours, pour vérifier leur compréhension de la leçon, etc. Les réponses des élèves peuvent s’afficher en direct, être discutées, corrigées, et donc donner lieu à une rétroaction utile pour la compréhension de la matière vue.

En termes de gestion mentale, Wooclap peut servir de support pour enrichir la démarche de mémorisation, pour remobiliser son attention, pour exprimer où en est sa motivation et donc sa mise en projet, pour évoquer, pour faire des liens et donc mieux comprendre, … 

Le formateur Marco Bertolini, que certain.e.s d’entre vous ont découvert cet été (formations en ligne du Cecafoc) a écrit un article sur son blog pour détailler les types de questions que nous pouvons poser sur cette application, avec quels objectifs. 

Sur le site de Wooclap, vous avez accès à une série de petits tutoriels vous expliquant comment créer vos questionnaires, comment insérer vos questions dans une présentation déjà existante, comment exploiter les réponses de vos élèves, etc.

En guise d’exemple, si vous cliquez sur ce lien, vous aurez accès à un questionnaire proposé en niveau 1, après une demi-journée de formation.

Wooflash

“Wooflash est une plateforme web (NDLR: développée par Wooclap) qui associe votre pédagogie avec les principes des sciences cognitives pour un apprentissage efficace et adapté à chaque étudiant.” 

L’idée est que l’apprenant puisse revoir sa matière avec les questions posées sur Wooclap qui deviennent des “flashcards”. De son côté, l’enseignant peut suivre à distance le niveau d’apprentissage de ses élèves et leur assimilation de la matière, via des questionnements, la répétition espacée et le suivi des performances des étudiants. 

En lien avec la gestion mentale, ce qui peut être intéressant d’ajouter dans vos questions/”flashcards”, c’est ce qui est en rapport avec l’imaginaire d’avenir: “Cette information que tu mets dans ta tête, dis-moi où, quand et comment tu en auras besoin.” Cela aidera vos élèves à se mettre en projet correctement dans leur geste mental de mémorisation.

Dans vos questions, vous avez évidemment aussi la possibilité de vérifier le niveau de compréhension de vos apprenants, comme par exemple en les invitant à faire des liens, à se poser des questions, à faire des hypothèses, puis à les vérifier.

Ci-dessous, un webinaire réalisé par EdulabTV (par ailleurs, mine d’informations et de ressources pour l’enseignement hybride).

Comprendre, c’est …

En niveau 2, pendant les rencontres de suivi qui ont lieu après deux journées de formation, je demande aux enseignants ce qu’il souhaitent mettre en évidence par rapport au geste de compréhension. Je les invite à formuler un conseil, une devise, une invitation par rapport au geste mental, à destination d’eux-mêmes ou de leurs élèves.

Voici un florilège de ce qu’ils ont proposé cette année:

« Comprendre, c’est prendre conscience de ce que je connais et réfléchir au sens et aux liens à faire avec les nouvelles choses apprises. »

« Monsieur hypothèse et madame erreur sont mes alliés sur le chemin de la compréhension.»

 « Comprendre, c’est savoir réexpliquer, soit à soi-même, soit à quelqu’un d’autre,  tant en donnant un exemple qu’à travers une définition. »

« Comprendre, c’est s’approprier un concept tout en donnant sens pour pouvoir restituer (réexpliquer) ou appliquer. »

« Comprendre, c’est aussi faire des erreurs. »

« Comprendre, c’est se sentir capable de faire. »

« Si tu ne tombes pas, tu n’apprends rien. »

« Comprendre, c’est accrocher à ce qu’on savait déjà. »

« Comprendre, c’est long et ça peut prendre du temps ; le par cœur ne suffit pas. »

« Comprendre, c’est se connaître. »

« Comprendre, c’est une course-relais. » (mise en évidence des allers-retours nécessaires pour comprendre).

« Comprendre, c’est oser. »

« Comprendre, c’est avant tout donner du sens, en se demandant d’où ça vient, et à quoi ça sert ? »

« Quand la chrysalide devient papillon. »  Cette transformation physique fait référence aux transformations/changements qui s’opèrent en nous: physiques (au niveau du cerveau: création de nouvelles connexions, synapses) et psychologiques (on a une nouvelle vision du monde, on voit les choses sous un autre angle et cela influe sur toutes nos idées, perspectives, concepts existants). 

« Comprendre, c’est accepter de se tromper, de prendre des risques et de se poser des questions. »

« Comprendre, c’est déjà apprendre. »

« Comprendre, c’est l’étincelle qui illumine les yeux. »

Les suivis en période covid

Pendant ces mois de novembre et décembre, 20 rencontres de suivi ont eu lieu en visioconférences, pour 57 enseignants de 19 écoles de la zone.

C’était un pari osé de maintenir ces rencontres, tant il est certain que les professeurs préfèrent être en classe avec leurs élèves dès que c’est possible en cette période d’enseignement hybride. Certains d’entre eux ont d’ailleurs posé ce choix-là, tout à fait respectable.

Toutefois, ces moments d’échanges leur ont permis de replonger dans la réflexion et le questionnement: comment intégrer la gestion mentale dans les pratiques pédagogiques, comment faire de la gestion mentale à distance? Ce fut également l’occasion de se rendre compte que les collègues proches ou d’écoles différentes vivent les mêmes difficultés, se posent des questions identiques. Ci-dessous, un nuage de mots qui expriment comment les enseignants actuellement en niveau 1 qualifient ces rencontres de suivis à mi-formation (le mot “bête” est à associer avec “pense”, l’application a séparé les deux).


En tant que témoin de ce qui se passe dans toutes ces écoles, au travers des témoignages de ces dizaines d’enseignants, un mot me vient en tête: extraordinaire! La situation que nous traversons depuis plusieurs mois peut ainsi être qualifiée, tout comme l’adaptation exceptionnelle et la motivation (mise à rude épreuve) des professionnels de l’éducation pour accompagner au mieux leurs élèves dans leurs apprentissages. Bravo à chacune et chacun d’entre eux!

 

 

 

Les suivis sur le terrain commencent

Comme chaque année, les suivis sur le terrain commencent en ce mois de novembre. Ils se font en visioconférence étant donné le contexte. C’est moins convivial, mais les enseignants semblent y trouver leur compte malgré tout.

Ces suivis, en quoi consistent-il? Il y a déjà eu quelques articles sur ce blog qui les décrivent. Vous pouvez donc les relire (présentation générale du projet, quelques métaphores qui les qualifient, d’autres encore).

Voici une présentation qui explique la méthodologie des suivis, avec quelques extraits issus des évaluations par les enseignants de cet accompagnement sur le terrain, récoltés en fin d’année scolaire passée (19-20).

Les classes ouvertes se préparent!

Dia CO WP

Comme chaque année depuis 3 ans, les enseignants qui terminent leur cycle de 3 années de formation et de suivis en gestion mentale se préparent à ouvrir leur classe. La démarche n’est pas facile car ce n’est pas dans la culture scolaire de la FWB d’accueillir dans sa classe un pair ou un expert qui vient observer la posture de l’enseignant.e en exercice.

Heureusement, en 3 ans, une relation de confiance a le temps de se créer entre les professeurs et la formatrice qui assure les suivis, et cela aide à franchir l’étape ultime du niveau 3: montrer “in situ”, “en live”, comment on a intégré la gestion mentale et le dialogue pédagogique dans ses pratiques.

Ce temps d’observation est préparé en amont, pendant une heure de fourche de l’enseignant. Cette rencontre permet d’affiner la mise en projet concernant le dialogue pédagogique: sur quelle tâche va-t-il porter? comment analyser cette tâche avec le filtre de la gestion mentale? quels objectifs fixer au dialogue? comment exploiter les informations récoltées sur les stratégies cognitives des élèves? etc.

Quelques jours, voire quelques semaines plus tard, la classe ouverte a lieu. Il s’agit d’un moment souvent très riche, car il permet à l’enseignant de montrer tout ce qu’il fait déjà en phase avec la pédagogie des gestes mentaux. La bienveillance est de rigueur, l’observation se fait sur base de critères et d’indicateurs précis, et le débriefing qui suit l’heure de cours donne chaque fois l’occasion au prof de faire un bond qualitatif dans sa pratique et sa posture professionnelles.

La formatrice prend alors le temps de rédiger un compte-rendu de ses observations en mettant en évidence tout le travail de préparation, ce qui était en phase avec la gestion mentale pendant le cours, ce qui pourrait être amélioré, et ce qui a été échangé pendant le débriefing. Ce document est une trace écrite de toute l’histoire de la classe ouverte de l’enseignant. Ce dernier en prend connaissance au maximum dans les 10 jours qui suivent la classe ouverte, parfois plus tôt s’il le demande.

C’est un fameux investissement, de la part de l’enseignant et de la formatrice, mais également des directions, aussi serait-il pertinent de continuer à se demander comment continuer à pérenniser ce travail de transfert de la gestion mentale vers les classes. Les idées ne manquent pas, les moyens suivront-ils le même chemin? A suivre!

Votre vision des suivis

Les rencontres de suivi sur le terrain à la mi-formation sont terminées. Elles ont été très riches, permettant aux enseignants de faire le point sur plusieurs aspects: comment voient-ils le côté inédit de cette formation continuée, à savoir les suivis? qu’ont-ils découvert sur leurs stratégies d’apprentissage qui influencent leurs façons d’enseigner? par quoi ont-ils été surpris, en positif ou en négatif, par la gestion mentale? qu’ont-ils déjà mis en pratique? avec quels résultats, impacts, sur les élèves ou sur eux-mêmes?

Ce qui apparaît comme une réalité vécue par l’ensemble des participants à la formation, c’est qu’elle entraîne un changement de posture professionnelle, parfois léger, parfois énorme, et l’accompagnement sur le terrain va favoriser l’installation sur la durée de ce qui est mis en pratique par les enseignants.

Word Art

 

 

 

Le nuage de mots ci-contre reprend ce que les profs ont dit du suivi, sous forme métaphorique.

 

 

 

 

 

Voici par ailleurs quelques extraits de paroles partagées pendant ces moments-là:

“Cela permet de revoir sa pratique, d’analyser nos habitudes d’enseignement et d’en changer/améliorer certaines (notamment les moments de pause évocative).”

 

“J’avais l’impression que c’était impossible de faire de la gestion mentale avec une classe entière et suis surprise de me rendre compte que non seulement, c’est possible, mais qu’en plus, j’y arrive !”

 

“J’ai apprécié l’introspection pour savoir comment on fonctionne, et pris conscience qu’en classe, c’est pareil que dans le groupe de formation.”

 

” Comme la formation est donnée en cohérence avec la gestion mentale, j’ai bien eu le temps d’intégrer les notions pendant les deux journées.”

 

Les rencontres de suivi commencent en ce mois de novembre

Dans le cadre du projet “Gestion mentale dans la zone 10”, comme les années précédentes, les suivis sur le terrain vont commencer cette semaine.

Les participants aux niveaux 1 et 2 de gestion mentale ont eu deux journées de formation en septembre et octobre et ont été invités à se mettre en projet d’utiliser ce qu’ils ont déjà découvert dans leurs pratiques de classe.

Cela va de la pause évocative de rappel à la dissociation des perceptions en passant par la réflexion sur la manière de rédiger une consigne, censée aider les élèves à anticiper la tâche à réaliser dans toutes ses dimensions (buts – moyens – messages +).

Ces suivis se feront dans les écoles, sous la forme d’une rencontre de 2 périodes de cours, pendant lesquelles nous échangerons sur leurs essais pratiques, leurs questions, ce qui bloque éventuellement, …

Ci-dessous, un exemple de quelques témoignages de professeurs des années précédentes.

Dias témoignages sur les suivis

Les formations sont terminées, les suivis sur le terrain se poursuivent

Les 3 niveaux de formations sont terminés pour les 7 groupes d’enseignants engagés cette année. Il reste une formation en cours, celle de l’approfondissement de la pratique du dialogue pédagogique (fin en avril).

Les suivis continuent, avec l’objectif d’accompagner et d’encourager les professeurs à transférer l’utilisation de la gestion mentale dans leurs classes.

Aperçu du programme:

  • 20 février: suivi inter-écoles pour les 55 enseignants du niveau 1
  • 13 mars: suivi inter-écoles pour les 37 enseignants du niveau 2
  • 20 mars: suivi inter-écoles pour les 17 enseignants du niveau 3

Par ailleurs, les classes ouvertes commencent à se préparer: d’ici le congé de carnaval, 7 professeurs auront eu l’occasion de se mettre en projet et de planifier le moment où leur pratique sera observée dans une classe de leur choix.

Et pour les participants au niveau 2, s’ouvre la possibilité d’un suivi “à la carte”:

  • soit une rencontre en individuel ou en petit groupe pour réfléchir ensemble à un outil imaginé par le (ou les) enseignant(s) demandeur(s);
  • soit une observation bienveillante en classe de la façon d’utiliser la gestion mentale sur le terrain.

C’est un projet qui démontre que l’école bouge grâce à ses acteurs essentiels: les profs! Bravo à eux!

1 2