Témoignage de Jonathan, professeur d’anglais et de méthode de travail

Jonathan a suivi les 3 niveaux de formation en gestion mentale avec Hélène Delvaux et moi-même. Il nous a dit à plusieurs reprises que cette approche pédagogique avait été une révélation pour lui, autant dans sa profession que dans sa vie personnelle. Il a accepté de répondre à quelques questions et nous a autorisées à publier ici son témoignage dans lequel nous avons choisi des extraits. Nous le remercions vivement pour ce partage!

En somme, si nous comprenons bien, la gestion mentale a servi de déclencheur à un changement par rapport à tes élèves et par rapport à toi-même. Nous aimerions comprendre en quoi elle a été un déclencheur ?

La gestion mentale m’a permis de comprendre mon propre fonctionnement qui, pendant plus de 30 ans, a été une entrave dans mes apprentissages à l’école. Je n’entrais pas dans le carcan scolaire et ne parvenais pas à étudier et travailler à la manière des professeurs qui travaillent généralement uniquement par le biais du visuel et de l’auditif. Lorsque la GM m’a permis de comprendre que je fonctionnais autrement, cela a été une révélation. J’avais besoin de vivre, d’expérimenter ce que j’apprenais mais je ne m’en étais pas réellement rendu compte avant que la GM pose des mots sur mes pratiques. Depuis, j’ai pu adapter ma manière de donner cours en explicitant mes propres manières de faire aux élèves mais aussi en diversifiant les pratiques : visuelles, auditives, kinesthésiques mais aussi en utilisant le ressenti, les émotions à des fins pédagogiques.

Ce dont Jonathan nous parle ici, c’est de la découverte de sa manière de comprendre le monde et lui-même. En gestion mentale, trois lieux d’accueil du sens ont été identifiés par les recherches menées par Antoine de La Garanderie et celles et ceux qui ont poursuivi ses travaux après son décès. Un ouvrage récent documente et illustre ces lieux d’accueil que sont l’espace, le temps et le mouvement (et/ou les ressentis corporels): vous pouvez en découvrir une présentation dans cet article

Comment ton regard a-t-il changé sur tes élèves grâce à la formation en GM? Peux-tu donner l’un ou l’autre exemple concret?

Grâce à la GM j’ai pu me rendre compte de la grande variété des profils de nos apprenants et de leurs spécificités. J’ai tenté, et je tente toujours, de m’adapter chaque jour à leur complexité pour répondre au mieux à leurs besoins individuels. Je ne me contente plus aujourd’hui de travailler de manière « basique » avec les élèves comme le faisaient les enseignants durant mon enfance / adolescence mais je tente au maximum de travailler l’individualité de chaque élève.

Un des postulats de la gestion mentale est l’existence d’une diversité cognitive chez les apprenants. Prendre conscience de ses habitudes mentales, savoir que les autres ne fonctionnent pas comme soi, cela permet de prendre du recul et de modifier son regard sur les forces et difficultés de ses élèves.

En quoi ta manière d’enseigner a-t-elle changé? Peux-tu donner aussi l’un ou l’autre exemple concret?

(…)
Depuis que j’ai pu employer mes connaissances en GM (combinées aux autres formations et outils utiles à la connaissance de soi), je vois souvent jaillir chez certains élèves, comme ce fut le cas pour moi, une étincelle. Certains élèves comprennent leurs difficultés scolaires qu’ils ne pouvaient ou n’osaient pas toujours exprimer. Ils se rendent compte de leur propre complexité et des manquements de l’enseignement envers eux dans leur apprentissage. Ils reprennent confiance en eux et leurs capacités et abandonnent cette idée du « je suis nul », « je ne suis pas intelligent », « les autres savent faire et pas moi » ! et je dois avouer qu’en plus d’apporter quelque chose de bénéfique à l’élève, cela me procure à chaque fois énormément de satisfaction et d’émotion de voir que la GM permet à un jeune de 12/13 ans d’enfin comprendre qui il est et qu’il n’est pas toujours responsable de son échec scolaire.

Dans le futur Tronc commun, les enseignants auront à entraîner officiellement des compétences transversales chez leurs élèves, dont le fait d’apprendre à apprendre, d’apprendre à se connaître pour faire des choix éclairés. La gestion mentale est une démarche réflexive qui donne des clés pour se connaître sur le plan cognitif et d’ajouter à ses habitudes mentales des “plus” pour mieux apprendre.


Qu’est-ce qui, dans la GM, t’a permis de mieux accepter et mieux supporter la difficulté d’exprimer un ressenti par des mots (pas toujours adéquats ou suffisants)?

Ayant été diagnostiqué TDAH avec mon fils au moment où je découvrais la GM, c’est une double révélation qui s’est offerte à moi. Mettre un mot sur une difficulté d’apprentissage est important mais expliquer le trouble en mettant des mots sur mon fonctionnement et en démontrant comment travailler sur soi et ses apprentissages est un énorme soulagement. La GM m’a permis de comprendre que la difficulté de s’exprimer avec des mots n’est pas « une maladie » ou « un signe de bêtise ». Il y a d’autres moyens d’exprimer sa pensée, parfois sans même utiliser les mots (mais souvent exploités en plus des mots pour convenir à tous dans la communication): en montrant, en dessinant, en imitant, en le communiquant à travers des émotions (même si cela est certainement compliqué à gérer par l’interlocuteur qui n’a pas «la capacité» d’exploiter ce dernier outil de transmission). Je me suis rendu compte, grâce à la GM, qu’il est important de s’ouvrir à tous les canaux de communication et que j’avais la grande chance d’avoir une facilité à comprendre les élèves «différents» car mes compétences en communication sont assez développées au vu de mon fonctionnement.
Je remercie donc la GM de m’avoir fait comprendre que je n’étais pas obligé de me contraindre à être ce que le système scolaire avait voulu faire de moi et à fonctionner comme lui. Je suis, et certains de mes élèves sont aussi, différents et, maintenant, assez fiers de l’être…

Jonathan se connaît mieux grâce à la gestion mentale, il a été sensibilisé à la diversité des fonctionnements mentaux et la richesse de cette diversité. Ses élèves bénéficient de ses compétences, de son ouverture aux différences, de son accueil de la diversité cognitive ET de l’unicité de chacun de ses élèves.

Nous sommes prêts à accueillir tout autre témoignage de mise en pratique de la gestion mentale, que ce soit dans les classes ou dans la vie personnelle.

 

10 ans pour les projets Gestion mentale et Education aux choix dans la zone 10!

Vendredi 14 février, nous avons fêté les 10 ans de ces deux projets pédagogiques soutenus par l’ensemble des directions des 33 écoles de la zone 10 d’enseignement Charleroi-Hainaut-Sud. Une septantaine de personnes ont fait le déplacement pour vivre cette journée que nous avons voulue riche et participative.

Dans la perspective du Tronc commun, la zone 10 est visionnaire depuis 2014. Les projets pédagogiques mis en place (Formations et suivis sur le terrain en gestion mentale, Formation à l’Education aux choix, Approche de la motivation selon Daniel Favre, projet de classe pilote en 1ère commune, liens entre la pyramide d’interventions, la CUA (Conception Universelle des Apprentissages) et Gestion mentale et Education aux choix) outillent les enseignants pour insérer dans leurs cours l’entraînement aux compétences transversales, pour développer de l’interdisciplinarité en termes de PROCESSUS, pour nourrir leur motivation d’innovation.

MERCI aux directions de la zone 10 qui continuent d’investir des moyens pour le maintien de ces dispositifs de formation qu’ils ont mis en place il y a 10 ans, déjà.

Merci également à l’IFEC pour la reconnaissance des formations données dans la zone 10 et pour la collaboration à la réussite de journée comme celle-ci.

Merci à toutes les personnes et écoles qui ont contribué à la réussite de cette journée, elles sont nombreuses!

(Re)trouver le sens au coeur de la classe: une pédagogie de la vie mentale (Guy Sonnois)

C’est le titre du nouveau livre de Guy Sonnois, édité chez Chronique Sociale (vous pourrez lire un écho de ses deux autres ouvrages en cliquant sur leur titre: Accompagner le travail des adolescents avec la pédagogie des gestes mentaux et ici J’apprends à travailler).

En partant du constat que les élèves n’investissent plus leur activité mentale dans les apprentissages (scolaires) et, de ce fait, n’y trouvent ni sens ni plaisir, l’auteur met en avant plusieurs voix qui appellent à remettre la conscience à l’ordre du jour (Daniel Favre – neurobiologiste et chercheur en sciences de l’éducation, Harmut Rosa – sociologue et philosophe allemand, Antonio Damasio – professeur de neurosciences, de neurologie et de psychologie aux Etats-Unis) pour faire des liens avec la pédagogie des gestes mentaux, découverte et décrite avec précision par Antoine de La Garanderie.

Il traite alors des conditions pour réintroduire la vie mentale (VM) dans les apprentissages: comment permettre aux enseignants de devenir des pédagogues de la vie mentale? Le dialogue pédagogique de groupe y a la part belle pour apprendre aux élèves à conduire leur pensée, en toute conscience. Il est question d’un changement de paradigme éducatif pour aider les jeunes à constituer le sens des savoirs, à développer leur motivation d’innovation, à développer leur esprit critique en apprenant à gérer l’incertitude, à devenir des sujets libres et responsables.

Guy Sonnois approfondit également la visée de sens qui doit présider à l’usage des moyens de la connaissance proposés par la gestion mentale: le pédagogue de la vie mentale peut entraîner ses élèves à gérer les actes de connaissance (ou gestes mentaux) qui sont au nombre de 5 (attention, mémorisation, compréhension, réflexion et imagination). Cela implique qu’il connaisse ces instruments de la vie mentale, ce qu’ils visent et comment les utiliser. C’est illustré par de nombreux exemples vécus par des apprenants ou des enseignants. Et c’est mis en perspective grâce à des liens avec les théories récentes décrivant le fonctionnement de notre cerveau selon des chercheurs comme Stanislas Dehaene, Daniel Kahneman ou Jean-Philippe Lachaux. Sans oublier Alain Bentolila pour la pratique raisonnée de la langue et Olivier Houdé pour son principe d’inhibition qui sont également cités dans l’ouvrage. 

Il propose également des comptes-rendus d’expériences avec, entre autres, des élèves adolescents en difficulté dans leurs apprentissages scolaires.

C’est un livre qui fait la part belle à la gestion mentale et à sa pertinence pour aider les jeunes à (re)devenir des acteurs de leurs apprentissages, à (re)découvrir le plaisir d’apprendre, à (re)donner du sens à leur vie mentale (et par là, à leur vie scolaire, en classe). Pour le lecteur, c’est une manière de plonger dans un écrit structuré, documenté et inspirant. Vous l’avez compris, je vous conseille ce plongeon qui vous donnera l’occasion de prendre de la hauteur en termes de réflexion pédagogique pendant votre été, et qui vous donnera sans doute des idées en termes de pratiques pédagogiques en vue de votre rentrée scolaire!

Bonne lecture!

 

 

Echos du 24 mars avec Daniel Favre

 

Une cinquantaine d’enseignants ont convergé vers Charleroi ce 24 mars pour rencontrer l’auteur du livre “Cessons de démotiver les élèves – 20 clés pour favoriser l’apprentissage”. En amont de cette journée, nous avions préparé avec ces enseignants une série de questions à lui poser et des témoignages de pratiques à partager pour recevoir son feedback et profiter de ses idées pour les enrichir.

Avant de présenter quelques notes prises lors de cet événement, voici deux images pour montrer, d’une part, les spécificités de l’approche de Daniel Favre et celles de la gestion mentale, et d’autre part, les points communs que nous avons souhaité mettre en avant. Il est évident que ce n’est pas exhaustif, ni détaillé. Cela vous donne juste un aperçu et peut-être l’envie d’aller plus loin!

Changer de point de vue sur le concept de motivation

Comment motiver les élèves semblerait être une préoccupation de type behavioriste : comment les amener à faire ce que je voudrais qu’ils fassent avec le système de la carotte et/ou du bâton ?

Les recherches de Daniel Favre nous invitent à changer de point de vue : la motivation est multiple et peut se décrire en 3 systèmes qui habitent tous les êtres humains. C’est lié au fait que, dans notre cerveau, deux types de circuits neuronaux de renforcement (positif et négatif) nous influencent, notamment dans les apprentissages. Il faut distinguer circuits de renforcement positif de la notion de récompense, et circuits de renforcement négatifs de punition, ce n’est pas pareil.

Ces deux types de circuits engendrent 3 systèmes de motivation dans le modèle proposé par Daniel Favre :

  • La motivation de sécurisation (ou SM1) nous pousse à rester dans notre zone de confort, dans nos habitudes, dans ce que nous savons déjà bien faire. Ce qui nous sécurise vient de l’extérieur (par exemple, de bonnes notes, des encouragements du professeur, la reconnaissance des pairs, …).
  • La motivation d’innovation (ou SM2) nous pousse à innover, à apprendre du neuf, à explorer avec le risque de faire des erreurs (qui nous donneront des informations utiles pour progresser); cette motivation engendre de l’anxiété d’abord, et du plaisir ensuite (quand nous avons réussi ou progressé). Ici, la référence n’est plus externe comme dans le SM1, mais interne : notre cerveau nous permet de ressentir le plaisir d’avoir appris par nous-même. Le SM2 s’activera si le SM1 est en toile de fond : l’élève qui se sent sécurisé est prêt pour innover. Cela explique aussi que même dans des périodes intenses de créativité (SM2+++), à un moment, le SM1 se rappelle à nous, par exemple si nous avons faim, soif, si nous sommes fatigués.
  • La motivation d’addiction (ou SM1p – p pour parasité) nous offre une sécurité factice et dans laquelle nous pouvons être enfermés. Le terme addiction est à prendre dans un sens très large : cela va du chocolat aux certitudes, en passant par les bonnes notes ou la violence. Le risque est bien de rester bloqué dans ce SM1p qui nous offre une sécurité, certes, mais factice, comme écrit plus haut. Par ailleurs, le cerveau est un serviteur fidèle : si un jeune pense qu’il n’y arrivera pas, cela risque fort de se passer ainsi. Et notre société nous pousse à l’ « économie de la flemme » : tout est facilité pour que nous consommions de façon compulsive. Cela s’oppose au fonctionnement de l’école qui éduque de futurs citoyens responsables dotés d’un esprit critique. Pour aider les jeunes à sortir du SM1P, nous pouvons les « écœurer » en termes de SM1 pour qu’ils finissent par demander du SM2 (exemple : leur donner uniquement des exercices faciles à réaliser, jusqu’au moment où ils en ont assez car cela va finir par les ennuyer – nous devons devenir des adultes « incalculables », « imprévisibles », comme cette maman qui, au lieu de se fâcher sur son fils qui joue couché dans son lit alors que sa chambre est en désordre, vient simplement lui faire un bisou sur la joue, puis s’en va. Le jeune, surpris, active alors son SM2 et … range sa chambre ; attention : cela ne marche pas à tous les coups !).

Chacun d’entre nous est habité par ces 3 systèmes de motivation : notre cerveau peut en effet fonctionner en SM1, SM2 ou SM1p, mais pas en même temps. Nous sommes motivés en permanence, mais dans quel système ?

Ce qui est important, c’est de prendre conscience de ce qui nous motive et de l’analyser avec ce modèle pour rester un sujet à part entière, qui met des mots sur ce qu’il ressent, sans jugement, en sachant qu’il est libre de choisir de passer d’un système à l’autre. C’est aussi savoir que parfois nous sommes sujet, parfois, nous sommes objet. Cette éducation de la conscience nous rend libre de dire oui ou non au mouvement de la vie. Ce modèle nous permet d’avoir une meilleure prise sur le réel.

Des questions pour réfléchir à nos pratiques pédagogiques ?

Comment considérons-nous les élèves ? Comme des objets que nous contrôlons en les mettant en référence externe uniquement (carotte et/ou bâton), ce qui en fait des « adaptés »? Comme des sujets ? Acceptons-nous qu’ils nous disent non, par exemple ? 

Quel langage utilisons-nous en classe ? Des mots qui dogmatisent ou une pensée ouverte ? Comment éduquons-nous les jeunes à l’incertitude ? -> équilibre à trouver entre les 2 types de langage

Quelle place laissons-nous aux émotions ? Les leurs, les nôtres ? -> émotions et cognition sont étroitement liées. « L’eau, c’est comme les émotions, il n’y a pas de problème tant qu’elle peut s’écouler. » (Daniel Favre, 24 mars 2023)

Nos cours répondent-ils à une absence de questions de leur part, ou partons-nous de leurs interrogations pour guider les apprentissages ? -> résoudre une énigme en ayant la possibilité de chercher, de tâtonner, de se tromper, puis de trouver, cela nourrit la motivation d’innovation.

Toutes ces questions nous invitent à la réflexion et nous emmènent vers un nouveau paradigme éducatif qui implique, entre autres, l’abandon de certaines pratiques telles que l’évaluation en continu, l’abandon de l’idée d’être à l’origine de la motivation des élèves, les messages implicites, l’idée qu’il y a de bons et de mauvais élèves, etc.

Et si les enseignants faisaient en sorte que leurs matières soient des solutions pour résoudre des problèmes ou des énigmes ?

Et si les enseignants parlaient en termes de conformité aux attentes, d’écart par rapport à une norme, plutôt que de bons ou de mauvais résultats ?

 

En route pour la dixième année du projet gestion mentale dans la zone 10!

L’heure de la rentrée à sonné ce lundi 28 août, et c’est le moment de marquer dans son agenda les dates de formation et de suivi en gestion mentale pour plus de 160 enseignants provenant de 26 écoles de la zone 10 d’enseignement (Charleroi-Hainaut-Sud)! 

En plus des 3 niveaux classiques de formation, nous proposons cette année scolaire la possibilité de réactiver les concepts et la pratique de la gestion mentale en classe, mais aussi la découverte des clés pour favoriser l’apprentissage de Daniel Favre, ainsi que la poursuite du travail entamé sur ce thème avec les professeurs qui le souhaitent. Nous avons aussi planché sur une formation qui lie le geste mental d’imagination et l’Education au choix, puisque ce sont deux thèmes phares dans lesquels la zone 10 investit depuis maintenant 10 ans.

Et justement, 10 ans, cela se fête! Nous allons fixer une date pour célébrer l’engagement des écoles, représentées par leur direction et leurs enseignants,  dans un travail de réflexion sur les pratiques pédagogiques qui évoluent, notamment suite aux prescrits du Pacte d’Excellence. Nous planchons déjà sur ce que nous allons vous proposer de vivre pendant cette journée!