Auteur/autrice : Virginie Matthews
Le numérique pour entraîner l’imagination (français): témoignage d’une enseignante
Il s’agit de Marie Soulié, professeur de Lettres (en France), qui témoigne sur son blog d’usages pédagogiques du numérique pour entraîner des compétences chez ses élèves.
Ici, le témoignage concerne une classe de 4ème (équivalent d’une 2ème secondaire en Belgique) qui utilise une tablette pour créer une bande-annonce de lecture d’une nouvelle fantastique.
Voici ce que Marie Soulié en dit:
J’ai testé aujourd’hui une nouvelle façon de réaliser des bandes-annonces de lecture. J’ai utilisé la géniale application Show me qui permet d’enregistrer sa voix tout en dessinant ou en écrivant. J’ai donc demandé à mes 4º de me raconter en 1 heure leur histoire sans plus de précision. Ils ont très vite pris en main application et j’ai pu noter quelques points que je tenais à partager avec vous :
- Dessiner, annoter permet à l’élève de poser sa voix , ralentir son débit et donc de se laisser du temps pour chercher ses mots.
- Le dessin illustre l’histoire mais pas seulement il permet à l’élève d’aller à l’essentiel.
- Certains préfèrent au dessin des mots clés.
- Tous ont le soucis d’une chronologie.
- À noter également que certains sont passés par un écrit, d’autres se sont lancés directement.
Bref un champ à explorer me semble-t-il…..je vous laisse juger les productions, j’ai déposé sur ce mur un échantillon assez représentatif de la classe.
En termes de gestion mentale, cet exercice permet aux élèves de déployer leur geste d’imagination créatrice et d’utiliser la tablette pour dynamiser leur mise en projet.
Les classes ouvertes ont commencé!
Voici un sketchnote interactif (vous pouvez faire passer votre curseur sur les “marqueurs petits pas” pour avoir des détails sur chaque étape) réalisé grâce à une tablette graphique et Genially.
M@ths en-vie: projet interdisciplinaire (math et français) développé par des enseignants
Sur le site de M@ths en-vie, vous allez peut-être trouver des idées à mettre en oeuvre avec vos élèves, en interdisciplinarité, qui les aideront à donner du sens à vos matières, ce qui est loin d’être évident en math, j’imagine que les enseignants de cette discipline ne me contrediront pas…
A exploiter pour entraîner les gestes mentaux d’attention, de compréhension, de réflexion, d’imagination avec des photos du quotidien (sous licence
) qui mettent les maths en perspective!
Voici l’introduction, la suite à découvrir directement sur le site:
M@ths en-vie est un projet interdisciplinaire en français et mathématiques avec utilisation d’outils et ressources numériques (ordinateur, tablette, appareil photo numérique, blog ou site d’école, logiciels photo, internet…).
(…)
Les objectifs de ce projet sont les suivants:
- ancrer les mathématiques au réel afin d’améliorer la compréhension en résolution de problèmes;
- développer la perception des élèves sur les objets mathématiques qui nous entourent.
Photo issue de la page d’accueil du site
Le projet tourne autour des activités suivantes :
Résolution de problème
Constructions d’énoncés mathématiques
Construction d’énoncés de problèmes
Recherche d’informations
Travail sur les ordres de grandeur
Catégorisation…
Un article intéressant et documenté sur l’erreur dans l’apprentissage
Manon BRIÈRE est détentrice d’une maitrise en enseignement au collégial (MEC) de l’Université de Sherbrooke. Pendant ses études, elle s’est penchée sur le volet didactique du rôle de l’erreur dans le cadre de l’enseignement collégial. Professeure au programme d’Archives médicales du Collège Ahuntsic depuis 2002, elle offre des ateliers d’étude de l’erreur depuis 2015.
Elle a publié cet article dans la revue “Pédagogie collégiale”, Hiver 2018, n°31, vol.2 de l’AQPC (Association Québécoise de Pédagogie Collégiale).
En voici un extrait intéressant qui met l’accent sur notre posture de praticien réflexif, nous basant sur les erreurs des élèves pour réfléchir à comment les accompagner pour qu’ils s’en servent comme des leviers:
Dans l’optique où il considère important de s’attarder aux erreurs et de cibler les réelles causes, le professeur, comme praticien réflexif, peut procéder à une analyse de 2e niveau à l’aide d’un questionnement didactique, ce qui lui permettra de mettre en œuvre différentes actions réfléchies et adaptées à la situation. S’offrent à lui des exemples d’actions possibles en vue d’ajuster ses pratiques didactiques et pédagogiques, comme:
– déterminer les contenus essentiels à l’atteinte de la ou des compétences;
– élaguer du contenu et prévoir plus de temps pour enseigner les notions complexes;
– réduire drastiquement le temps consacré à la théorie pour que les étudiants aient davantage d’opportunités de travailler sur les contenus;
(…)
– clarifier des consignes des activités ou des évaluations;
– préciser les attentes concernant le cours ou la tâche ;
– repérer les préconceptions ou les fausses conceptions qui freinent l’apprentissage de nouvelles notions;
(…)
– faire produire par les étudiants un schéma de concepts pour leur permettre de revoir les notions et d’échanger leurs points de vue sur un contenu complexe;(…)
A la 5ème page du document, l’auteure propose un tableau avec une typologie des erreurs et des questions à se poser face à elles afin de réorienter nos pratiques pédagogiques.
Ferez-vous des liens spontanés avec les concepts de gestion mentale? Il y en a à foison!
Imagination créatrice en français: un bel exemple de séquence
A nouveau, voici une très belle ressource trouvée via le réseau social Twitter puisqu’une enseignante en français y a partagé le lien vers une activité qu’elle a créée pour “Dire l’amour”. Il s’agit de Madame Motycka (à suivre ici sur Twitter), et la classe concernée est une 4ème (équivalent d’une 2ème chez nous).
Les productions des élèves sont magnifiques et résultent d’un geste d’imagination créatrice encadré par toute une série d’étapes préparatoires et de consignes précises que vous pourrez découvrir en faisant défiler les dias très esthétiques de la séquence sur le site Genial-Ly.
Un bel exemple pour ce geste mental souvent parent pauvre de notre enseignement.
Une autre image pour illustrer la compréhension
Une autre illustration de la compréhension, dont les composantes ont été données par une enseignante lors d’un suivi de niveau 2.
Cela met en évidence plusieurs éléments importants liés au geste de compréhension (non exhaustif):
- Pour donner du sens, il faut en avoir le projet: sans ce moteur, la démarche de compréhension ne démarre pas.
- Il s’agit d’un itinéraire mental qui peut parfois prendre du temps: ne dit-on pas “Dors dessus et tu comprendras mieux demain.”?
- Le nouveau savoir vient s’accrocher à de l’ancien et c’est donc un apprenant muni de ses connaissances déjà en place et de ses représentations qui va faire des liens entre le neuf et ce qu’il connaît déjà.
- Il y a des indices de sens à repérer de façon exhaustive et fidèle dans l’objet à comprendre, la compréhension s’appuie donc sur le geste d’attention.
- Ces indices sont triés pour garder uniquement ceux qui semblent pertinents, ceci étant rendu possible grâce aux liens que l’apprenant réalise en évocation.
- Ces liens donnent lieu à des hypothèses que l’apprenant valide ou pas en revenant à la perception: il y a donc des allers-retours entre l’objet de perception à comprendre et les évocations qui vont mener au sens.
Pour chacun de ces points, peut surgir l’obstacle à la compréhension:
- Absence de projet de donner du sens (mais par exemple, projet de retenir);
- Représentation de la compréhension comme un processus rapide: si ça prend du temps, ressenti négatif de l’apprenant qui a alors tendance à ne pas aller plus loin;
- L’élève n’évoque pas, reste en perception, or la compréhension est un processus mental;
- Manque de prérequis et donc impossibilité de faire des liens qui vont permettre les hypothèses de sens;
- Certains indices ne sont pas perçus ou des indices non pertinents sont évoqués comme étant importants, ce qui peut éloigner l’apprenant du sens à trouver;
- Difficulté à faire des hypothèses, vécues comme risquées ou blocage lié à l’étape de validation qui demande à l’apprenant de revenir en arrière si l’hypothèse s’avère fausse;
- Pas de retour à l’objet de perception et donc difficulté de valider ou d’invalider les hypothèses de sens.
Un exemple de fiche de mémorisation
Dans le cadre du MOOC “Apprendre et enseigner avec les sciences cognitives” (cours en ligne disponible sur la Plateforme FUN MOOC), j’ai découvert l’outil “Fiche de mémorisation”.
Il s’agit d’un outil de réactivation des essentiels d’une matière, d’une leçon, d’un chapitre, etc. dont les questions sont au recto et les solution au verso, permettant ainsi à l’élève de bénéficier d’un feedback immédiat des informations, très utile pour “court-circuiter” la courbe de l’oubli et donc mémoriser au-delà du très court terme.
Ci-dessous, à titre d’exemple, la fiche que je distribue en fin de deuxième journée d’initiation à la gestion mentale:
Neuropédagogie & gestion mentale
Dans cette vidéo, Eric Gaspar (enseignant en math dont je vous ai déjà parlé ici) nous parle des découvertes en neurosciences liées à l’apprentissage et nous invite, en tant qu’enseignants, à expliquer le fonctionnement du cerveau à nos élèves afin de leur donner des repères concrets sur ce qu’il est bon de faire pour bien apprendre.
J’ai relevé dans cette conférence plusieurs constats et conseils qu’il donne et qui sont traduisibles en termes de gestion mentale.
Le premier, abordé dès les premières minutes, est que les recherches montrent à quel point nous avons une plasticité cérébrale: nos neurones ne cessent de se connecter, se réorganiser, se déconnecter. Notre cerveau se modifie en permanence! Exit la fatalité de l’échec, les déterminismes: tout le monde peut réussir! Quel extraordinaire message positif à envoyer à toute personne qui apprend! Tout à fait en phase avec les valeurs défendues par la gestion mentale.
Minute 26 de la vidéo: il est question de pauses évocatives, en début de cours pour réactiver le précédent, en fin de cours pour faire le point sur ce qui a été vu d’essentiel pendant la séquence. En effet, notre cerveau ne garde en stock que ce qui lui paraît utile. Pour influencer cette sélection, rappeler deux fois minimum la même information sur un même cours va jouer en faveur de la rétention à moyen terme.
A la minute 36, c’est la mise en projet qui est mise en évidence: toujours en lien avec le fait que le cerveau élimine l’inutile, il est indispensable de lui envoyer le message que ce qui est perçu est important. En tant qu’enseignant, je dois donc bien prévenir les élèves que l’explication que je vais leur donner, ils devront s’en servir dans 10 minutes pour faire des exercices. En gestion mentale, c’est demander aux apprenants de se mettre en projet d’imaginaire d’avenir.
A la minute 51, Eric Gaspar montre comment stocker facilement dans notre mémoire plus de 7 (+ ou -2) éléments (=notre empan mnésique): il s’agit de regrouper les informations et de les relier à du déjà connu. Et ça marchera d’autant mieux si ces liens sont personnalisés (il appelle cela des indices récupérateurs). C’est encourager les élèves à faire des liens (paramètre 3) et à les personnaliser car plus c’est original ou farfelu, plus ça sera facile à récupérer (paramètre 4).
A la 57e minute, il est bien question de pédagogie de l’escamotage puisque le conseil donné est de vérifier, à cahier fermé, tout ce dont je me souviens en tant qu’apprenant. Dans une deuxième étape, je compare avec le cours pour compléter et corriger l’information.
Bref, une conférence intéressante et qui permet de faire des liens pertinents entre la neuropédagogie et les postulats de base et concepts de gestion mentale.
Pourrait-on dire qu’Antoine de La Garanderie a mis à jour une approche validée aujourd’hui par les recherches scientifiques sur le cerveau? A quand une validation scientifique de la pédagogie des gestes mentaux?
En lien avec le geste d’imagination créatrice
Sir Ken Robinson (auteur, orateur et expert en éducation internationalement reconnu pour ses interventions en faveur du développement de la créativité et de l’innovation) explique dans cette conférence TED la pensée divergente ou comment l’éducation traditionnelle éteint la créativité… J’y fais déjà référence dans cet article.
Il s’agit d’une vidéo qui est en ligne depuis 11 ans et qui a été vue plus de 46 millions de fois!!! Autant dire que le sujet passionne et en même temps, qu’il est toujours d’actualité.
Pour en savoir plus, vous pouvez lire ici l’interview de Sir Robinson (LeMonde.fr, écrit par Emmanuel Davidenkoff , mis en ligne le 4 septembre 2017).
Même si l’approche de la gestion mentale nous permet de relativiser le discours plutôt sévère à l’encontre de l’école contenu dans cette vidéo, cela nous invite à réfléchir: comment pouvons-nous, dans le cadre scolaire, dans nos cours, susciter chez nos élèves l’entraînement et le déploiement de leur imagination créatrice?
