Témoignage de Jonathan, professeur d’anglais et de méthode de travail

Jonathan a suivi les 3 niveaux de formation en gestion mentale avec Hélène Delvaux et moi-même. Il nous a dit à plusieurs reprises que cette approche pédagogique avait été une révélation pour lui, autant dans sa profession que dans sa vie personnelle. Il a accepté de répondre à quelques questions et nous a autorisées à publier ici son témoignage dans lequel nous avons choisi des extraits. Nous le remercions vivement pour ce partage!

En somme, si nous comprenons bien, la gestion mentale a servi de déclencheur à un changement par rapport à tes élèves et par rapport à toi-même. Nous aimerions comprendre en quoi elle a été un déclencheur ?

La gestion mentale m’a permis de comprendre mon propre fonctionnement qui, pendant plus de 30 ans, a été une entrave dans mes apprentissages à l’école. Je n’entrais pas dans le carcan scolaire et ne parvenais pas à étudier et travailler à la manière des professeurs qui travaillent généralement uniquement par le biais du visuel et de l’auditif. Lorsque la GM m’a permis de comprendre que je fonctionnais autrement, cela a été une révélation. J’avais besoin de vivre, d’expérimenter ce que j’apprenais mais je ne m’en étais pas réellement rendu compte avant que la GM pose des mots sur mes pratiques. Depuis, j’ai pu adapter ma manière de donner cours en explicitant mes propres manières de faire aux élèves mais aussi en diversifiant les pratiques : visuelles, auditives, kinesthésiques mais aussi en utilisant le ressenti, les émotions à des fins pédagogiques.

Ce dont Jonathan nous parle ici, c’est de la découverte de sa manière de comprendre le monde et lui-même. En gestion mentale, trois lieux d’accueil du sens ont été identifiés par les recherches menées par Antoine de La Garanderie et celles et ceux qui ont poursuivi ses travaux après son décès. Un ouvrage récent documente et illustre ces lieux d’accueil que sont l’espace, le temps et le mouvement (et/ou les ressentis corporels): vous pouvez en découvrir une présentation dans cet article

Comment ton regard a-t-il changé sur tes élèves grâce à la formation en GM? Peux-tu donner l’un ou l’autre exemple concret?

Grâce à la GM j’ai pu me rendre compte de la grande variété des profils de nos apprenants et de leurs spécificités. J’ai tenté, et je tente toujours, de m’adapter chaque jour à leur complexité pour répondre au mieux à leurs besoins individuels. Je ne me contente plus aujourd’hui de travailler de manière « basique » avec les élèves comme le faisaient les enseignants durant mon enfance / adolescence mais je tente au maximum de travailler l’individualité de chaque élève.

Un des postulats de la gestion mentale est l’existence d’une diversité cognitive chez les apprenants. Prendre conscience de ses habitudes mentales, savoir que les autres ne fonctionnent pas comme soi, cela permet de prendre du recul et de modifier son regard sur les forces et difficultés de ses élèves.

En quoi ta manière d’enseigner a-t-elle changé? Peux-tu donner aussi l’un ou l’autre exemple concret?

(…)
Depuis que j’ai pu employer mes connaissances en GM (combinées aux autres formations et outils utiles à la connaissance de soi), je vois souvent jaillir chez certains élèves, comme ce fut le cas pour moi, une étincelle. Certains élèves comprennent leurs difficultés scolaires qu’ils ne pouvaient ou n’osaient pas toujours exprimer. Ils se rendent compte de leur propre complexité et des manquements de l’enseignement envers eux dans leur apprentissage. Ils reprennent confiance en eux et leurs capacités et abandonnent cette idée du « je suis nul », « je ne suis pas intelligent », « les autres savent faire et pas moi » ! et je dois avouer qu’en plus d’apporter quelque chose de bénéfique à l’élève, cela me procure à chaque fois énormément de satisfaction et d’émotion de voir que la GM permet à un jeune de 12/13 ans d’enfin comprendre qui il est et qu’il n’est pas toujours responsable de son échec scolaire.

Dans le futur Tronc commun, les enseignants auront à entraîner officiellement des compétences transversales chez leurs élèves, dont le fait d’apprendre à apprendre, d’apprendre à se connaître pour faire des choix éclairés. La gestion mentale est une démarche réflexive qui donne des clés pour se connaître sur le plan cognitif et d’ajouter à ses habitudes mentales des “plus” pour mieux apprendre.


Qu’est-ce qui, dans la GM, t’a permis de mieux accepter et mieux supporter la difficulté d’exprimer un ressenti par des mots (pas toujours adéquats ou suffisants)?

Ayant été diagnostiqué TDAH avec mon fils au moment où je découvrais la GM, c’est une double révélation qui s’est offerte à moi. Mettre un mot sur une difficulté d’apprentissage est important mais expliquer le trouble en mettant des mots sur mon fonctionnement et en démontrant comment travailler sur soi et ses apprentissages est un énorme soulagement. La GM m’a permis de comprendre que la difficulté de s’exprimer avec des mots n’est pas « une maladie » ou « un signe de bêtise ». Il y a d’autres moyens d’exprimer sa pensée, parfois sans même utiliser les mots (mais souvent exploités en plus des mots pour convenir à tous dans la communication): en montrant, en dessinant, en imitant, en le communiquant à travers des émotions (même si cela est certainement compliqué à gérer par l’interlocuteur qui n’a pas «la capacité» d’exploiter ce dernier outil de transmission). Je me suis rendu compte, grâce à la GM, qu’il est important de s’ouvrir à tous les canaux de communication et que j’avais la grande chance d’avoir une facilité à comprendre les élèves «différents» car mes compétences en communication sont assez développées au vu de mon fonctionnement.
Je remercie donc la GM de m’avoir fait comprendre que je n’étais pas obligé de me contraindre à être ce que le système scolaire avait voulu faire de moi et à fonctionner comme lui. Je suis, et certains de mes élèves sont aussi, différents et, maintenant, assez fiers de l’être…

Jonathan se connaît mieux grâce à la gestion mentale, il a été sensibilisé à la diversité des fonctionnements mentaux et la richesse de cette diversité. Ses élèves bénéficient de ses compétences, de son ouverture aux différences, de son accueil de la diversité cognitive ET de l’unicité de chacun de ses élèves.

Nous sommes prêts à accueillir tout autre témoignage de mise en pratique de la gestion mentale, que ce soit dans les classes ou dans la vie personnelle.

 

10 ans pour les projets Gestion mentale et Education aux choix dans la zone 10!

Vendredi 14 février, nous avons fêté les 10 ans de ces deux projets pédagogiques soutenus par l’ensemble des directions des 33 écoles de la zone 10 d’enseignement Charleroi-Hainaut-Sud. Une septantaine de personnes ont fait le déplacement pour vivre cette journée que nous avons voulue riche et participative.

Dans la perspective du Tronc commun, la zone 10 est visionnaire depuis 2014. Les projets pédagogiques mis en place (Formations et suivis sur le terrain en gestion mentale, Formation à l’Education aux choix, Approche de la motivation selon Daniel Favre, projet de classe pilote en 1ère commune, liens entre la pyramide d’interventions, la CUA (Conception Universelle des Apprentissages) et Gestion mentale et Education aux choix) outillent les enseignants pour insérer dans leurs cours l’entraînement aux compétences transversales, pour développer de l’interdisciplinarité en termes de PROCESSUS, pour nourrir leur motivation d’innovation.

MERCI aux directions de la zone 10 qui continuent d’investir des moyens pour le maintien de ces dispositifs de formation qu’ils ont mis en place il y a 10 ans, déjà.

Merci également à l’IFEC pour la reconnaissance des formations données dans la zone 10 et pour la collaboration à la réussite de journée comme celle-ci.

Merci à toutes les personnes et écoles qui ont contribué à la réussite de cette journée, elles sont nombreuses!

Pour commencer 2025: échos des enseignants en formation

En novembre et décembre 2024 ont eu lieu les premiers suivis d’équipes d’enseignants après 2 journées de formation, que ce soit en niveau 1 ou en niveau 2.

Traditionnellement, en niveau 1, ils sont invités à qualifier ce suivi (qui reste inédit en formation continuée des enseignants). Voici un nuage de mots dans lequel vous pouvez lire ce qu’ils en disent:

Voici également l’un ou l’autre témoignage de mise en pratique de la gestion mentale en classe:

En math :

Les élèves ont du mal à retenir certaines équations. L’enseignant.e programme des moments de réactivation en leur demandant à certaines heures de cours de citer les formules qui sont alors notées et laissées au tableau dans un premier temps. Cela facilite les allers-retours pendant la pratique des exercices qui y font appel. Les élèves savent que la 2e étape devra se faire sans accès aux formules via le tableau (mais ils pourront encore aller les chercher dans leur cours au besoin). Le but final sera de faire des exercices en comptant uniquement sur ce qui a été stocké dans la tête.

En termes de gestion mentale: pour stocker des informations dans la mémoire à long terme, il est nécessaire de les réactiver plusieurs fois dans sa tête, et de comparer son souvenir avec l’information à mémoriser pour la compléter et/ou la corriger éventuellement. En donnant à ses élèves l’occasion de réactiver en classe, l’enseignant.e les outille par rapport à un des incontournables de la mémorisation. Un autre incontournable de ce geste mental est l’imaginaire d’avenir: où, quand et comment aurais-je besoin de ces formules?  C’est également nourri par l’entraînement progressif des élèves à faire les exercices (d’abord avec les formules sous les yeux, ensuite avec la possibilité d’aller les rechercher dans le cours au besoin, enfin, uniquement en les ayant de stock en tête).

En français :

Mettre un haut-parleur sur sa pensée pour expliquer aux élèves comment procéder pour réaliser un exercice, sachant qu’ensuite, l’enseignant.e guidera leur pratique en les accompagnant pour un premier entrainement, et ce jusqu’au moment où il/elle les pense capable de travailler en autonomie. Cette pratique s’inspire de l’enseignement explicite et pourrait déboucher sur un partage des incontournables de la tâche en termes de gestion mentale (qui vise également l’explicitation ou la mise en mots des itinéraires mentaux).

En termes de gestion mentale: mettre des mots sur ce qu’on fait dans sa tête pour réaliser un exercice rend la procédure de réflexion explicite et enseignable. L’enseignant peut commencer par expliciter son itinéraire mental en insistant sur les incontournables, puis questionner l’un ou l’autre élève sur la façon dont il a résolu l’exercice. Cela permet de mettre en évidence la diversité et la richesse des fonctionnements cognitifs, tout en pointant que pour tout geste mental, il y a des passages obligés.

En français :

Pour montrer comment ils ont compris les 5 caractéristiques du romantisme (après avoir reçu l’enseignement par l’enseignant.e), les élèves ont travaillé en sous-groupes et ont eu le choix entre 4 médias : réaliser un dessin sur une feuille A3, faire un collage sur une feuille A3, créer une saynète, réaliser une vidéo. Les élèves tiraient au sort une des 5 caractéristiques et devaient la représenter au travers d’un des médias, au choix. Ils se sont montrés très motivés pour réaliser cet exercice et leurs productions étaient riches et créatives.

S’appuyant sur ce premier succès, l’enseignant.e a proposé le même exercice en 5e sur les 6 thèmes abordés dans le cours sur le siècle des lumières, matière complexe pour les élèves.

Aucun de ces exercices n’a été évalué par des points.

En anglais :

L’enseignant.e utilise la technique du Storytelling pour présenter les temps de conjugaison : ainsi, Miss « Present Simple » arrive en classe (l’enseignant.e se déguise) et raconte son histoire dans laquelle il/elle insère les caractéristiques du temps,  il/elle a notamment un chat qui s’appelle « Do ». Les élèves sont ensuite divisés en 4 ateliers :

    • l’atelier « Expliquer la théorie » dans lequel les jeunes doivent s’entraîner à expliquer la théorie du « Present Simple » en faisant des liens avec l’histoire de Miss PS ;
    • l’atelier « Exercices » dans lequel les élèves appliquent les règles du « Present Simple » ;
    • l’atelier « Photomontage » dans lequel les apprenants doivent, en 4 images, illustrer les routines du « Present Simple » ;
    • l’atelier « Dessiner Miss PS » avec son chat.

L’enseignant.e se met aussi en scène pour les autres temps conjugués, les groupes d’élèves changent alors de type d’atelier.

Toutes les productions sont affichées en classe, ce qui permet les allers-retours pour les élèves qui en ont besoin.

En termes de gestion mentale: proposer une perception inédite d’un point de matière (romantisme) ou de grammaire (conjugaison en anglais) peut aider les apprenants à entrer dans la compréhension,  y compris sur le plan de la motivation (qui est un des 3 piliers de la mise en projet). Prolonger cette perception en proposant aux élèves 4 ateliers ou médias différents (ou 4 portes d’entrée différentes dans la compréhension) peut nourrir leurs mise en projet et travail mental.

Témoignage d’une enseignante: sa pratique quotidienne du dialogue pédagogique en classe

Sur le site d’If Belgique, vous pouvez aller lire le témoignage de Donatienne Colyn, enseignante de français dans une école de Herve, qui nous explique comment elle s’appuie sur le dialogue pédagogique pour accompagner ses élèves du premier degré du secondaire. Elle explique qu’il s’agit d’élèves en difficulté, cabossés par un parcours scolaire chaotique. L’objectif final est de les amener à réussir leur CE1D, et il est sous-tendu par d’autres finalités, très motivantes pour l’équipe éducative: redonner confiance en eux à ces apprenants, “les réconcilier avec l’école et leur capacité à apprendre, à progresser (quel que soit le domaine)”. 

Donatienne a découvert la gestion mentale il y a une quinzaine d’années, quand elle commençait à enseigner. Elle s’est formée de manière approfondie puisqu’elle est praticienne et bientôt formatrice. Au fil des années, elle a perfectionné sa mise en pratique de cette démarche pédagogique dans ses classes, et l’article (extrait de la Feuille d’If n°40, publication bisannuelle de l’asbl) présente un magnifique exemple de l’utilisation du dialogue pédagogique au service des finalités précitées, et qui concernent les élèves. 

A lire absolument!

Et la bonne nouvelle, c’est que si ce témoignage vous inspire, il y en a 39 autres dans cette publication, intégralement disponible sur le site, en cliquant sur ce lien.

 

Des témoignages d’utilisation de la gestion mentale en classe

Sur le blog “Accompagner le travail des élèves avec Pégase” de Guy Sonnois, formateur en gestion mentale, auteur d’ouvrages pédagogiques (“Accompagner le travail des adolescents“, “J’apprends à travailler“), il y a beaucoup d’articles très intéressants sur la mise en pratique de cette pédagogie des moyens d’apprendre.

Récemment, vous pouvez découvrir deux témoignages, l’un d’un professeur d’histoire-géographie qui explique comment il pratique la pause évocative en cours, et l’autre d’un enseignant en éducation physique, qui s’appuie sur le travail collaboratif pour entraîner les gestes mentaux chez ses étudiants.

Ce sont des exemples (et pas des modèles comme le précise Guy Sonnois) inspirants et qui montrent qu’on peut faire de la gestion mentale en faisant de petits pas, réguliers, dont le rythme et la cadence vont aider les élèves à être actifs mentalement, en classe. Au départ, cela prend du temps à mettre en place, puis cela peut devenir un rituel, et permettre de regagner le temps investi au départ.

Bonne lecture!

Vidéo: Comment piloter son cerveau?

Axelle Adell est praticienne et formatrice en gestion mentale. Elle travaille dans le sud de la France. Dans le but de rendre la gestion mentale plus visible, elle a réalisé cette première vidéo, dans laquelle elle fait un parallèle clair et intéressant sur les deux approches que sont la gestion mentale (et l’activité mentale) et les neurosciences cognitives (et l’activité neuronale). Dans la vidéo, vous verrez également quelques témoignages de personnes ayant pratiqué la gestion mentale avec Axelle. Pour la visionner, cliquez sur l’image ci-dessous, extraite de la vidéo.

Et vous, seriez-vous prêts à témoigner en vidéo?

Les suivis en période covid

Pendant ces mois de novembre et décembre, 20 rencontres de suivi ont eu lieu en visioconférences, pour 57 enseignants de 19 écoles de la zone.

C’était un pari osé de maintenir ces rencontres, tant il est certain que les professeurs préfèrent être en classe avec leurs élèves dès que c’est possible en cette période d’enseignement hybride. Certains d’entre eux ont d’ailleurs posé ce choix-là, tout à fait respectable.

Toutefois, ces moments d’échanges leur ont permis de replonger dans la réflexion et le questionnement: comment intégrer la gestion mentale dans les pratiques pédagogiques, comment faire de la gestion mentale à distance? Ce fut également l’occasion de se rendre compte que les collègues proches ou d’écoles différentes vivent les mêmes difficultés, se posent des questions identiques. Ci-dessous, un nuage de mots qui expriment comment les enseignants actuellement en niveau 1 qualifient ces rencontres de suivis à mi-formation (le mot “bête” est à associer avec “pense”, l’application a séparé les deux).


En tant que témoin de ce qui se passe dans toutes ces écoles, au travers des témoignages de ces dizaines d’enseignants, un mot me vient en tête: extraordinaire! La situation que nous traversons depuis plusieurs mois peut ainsi être qualifiée, tout comme l’adaptation exceptionnelle et la motivation (mise à rude épreuve) des professionnels de l’éducation pour accompagner au mieux leurs élèves dans leurs apprentissages. Bravo à chacune et chacun d’entre eux!

 

 

 

Les suivis sur le terrain commencent

Comme chaque année, les suivis sur le terrain commencent en ce mois de novembre. Ils se font en visioconférence étant donné le contexte. C’est moins convivial, mais les enseignants semblent y trouver leur compte malgré tout.

Ces suivis, en quoi consistent-il? Il y a déjà eu quelques articles sur ce blog qui les décrivent. Vous pouvez donc les relire (présentation générale du projet, quelques métaphores qui les qualifient, d’autres encore).

Voici une présentation qui explique la méthodologie des suivis, avec quelques extraits issus des évaluations par les enseignants de cet accompagnement sur le terrain, récoltés en fin d’année scolaire passée (19-20).

Un témoignage de Marie, professeure de sciences

Témoignage de Marie P., professeure de sciences dans le secondaire (Lycée François de Sales à Gilly), recueilli par Hélène Delvaux, merci à elles d’avoir accepté que cela soit publié ici.

Marie a suivi les 4 jours d’un niveau 1 et raconte ce qui lui est arrivé au début de cette année, alors qu’elle n’avait suivi que deux jours de formation : elle devait donner cours en 5e professionnelle. Elle avait donné ses notes de cours à photocopier, mais les photocopies n’ont pas été faites à temps. Elle a donc dû improviser à la dernière minute et travailler sans la version papier du cours, ce qui est tout à fait inhabituel pour elle. Marie est professeur de sciences et elle devait donner un cours sur les ondes sonores.

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Elle prépare dans l’urgence quelques bocaux qu’elle recouvre d’un simple film plastique alimentaire, retenu par un élastique, puis elle dépose du sel sur le film plastique de chaque bocal. Elle accueille ses élèves de la première classe de la matinée et les met tout de suite devant le défi suivant : vous devez trouver le titre du cours et pour cela vous allez faire l’expérience suivante. Vous avez un bocal, vous avez une membrane en plastique et du sel sur cette membrane ; vous devez faire en sorte que le sel bouge mais vous ne pouvez toucher ni le bocal, ni la table et vous ne pouvez pas souffler. Elle n’en dit pas plus et leur laisse le temps nécessaire pour faire leurs essais. Assez rapidement certains élèves ont commencé à claquer dans les mains, d’autres ont demandé leur GSM pour faire entendre les basses d’un morceau de musique, d’autres ont chanté ou crié ; ils ont trouvé rapidement que le sel pouvait bouger à cause de ces sons et bruits.

Puis, Marie discute avec les élèves et note au fur et à mesure au tableau interactif toutes leurs observations. Ensuite elle leur demande quel(s) lien(s) ils font entre ces bruits, cris, musiques et le sel qui bouge. Les élèves trouvent que ce sont ces bruits qui ont fait clairement bouger le sel, ils en viennent même à parler de sons et d’ondes. Ils ont donc trouvé le titre de la leçon : les ondes sonores.

Elle leur demande alors de lui expliquer comment c’est possible. Ils donnent plein de mots-clés (notés au tableau), elle leur demande de dessiner au tableau l’expérience et petit à petit elle les amène là où elle voulait. Elle les a trouvés très créatifs, ils avaient plein de notions dans leur tête. A un moment donné elle leur demande si le son va plus vite dans un milieu liquide, gazeux ou solide (cela fait partie de la leçon). Ils ont tous des avis différents, notés au tableau aussi. Puis elle les invite à un geste de réflexion : comment pourriez-vous expliquer que ça va plus vite dans un milieu liquide, solide ou gazeux ; ils réfléchissent, donnent des exemples et chaque fois elle note et essaie de dessiner ce qu’ils disent. Puis elle les invite à réfléchir aux molécules : comment sont les molécules dans un milieu liquide, gazeux ou solide ? Certains ont du mal. Alors elle leur dit :

– Imaginez, si vous étiez le son et que vous deviez passer d’une molécule à une autre, comment feriez-vous ?

Une élève a alors trouvé tout de suite que ce serait plus facile dans un milieu solide parce que les molécules sont plus serrées ! Dans les milieux gazeux, elles sont plus distantes et c’est beaucoup plus difficile d’aller d’une molécule à l’autre !

Marie les invite donc à devenir dans leur tête le son qui doit avancer et passer d’une molécule à l’autre. Puis elle les invite à se mettre debout et à devenir les molécules qui reçoivent les vibrations. Comment allez-vous faire ? Pourrez-vous longtemps rester comme ça, les élèves se rendent compte que non et qu’ils ont envie de s’asseoir, parce qu’ils sont fatigués à cause des vibrations. Donc une molécule n’a qu’une envie, c’est de passer la vibration à une autre molécule. Et ainsi de suite jusqu’à ce qu’elle parvienne jusqu’au bocal.
D’habitude, dans son cours, elle essaie de les guider notamment par des questions, mais ici, elle a remarqué que sans les supports préalables du cours, les élèves ont été plus attentifs. C’est un peu, dit- elle, comme si les notes du cours parasitaient leur concentration. Ici il y avait des questions et des rebondissements tout le temps ; « C’était très chouette », dit-elle.

Remarque : quand Marie procède comme d’habitude, elle leur donne le bocal et leur demande de produire un son ou un cri et d’observer. Elle leur demande ce qu’ils observent : « le sel sautille » est la bonne réponse. Dans le cours conduit comme d’habitude, « je leur dis ce qu’ils doivent faire », tandis qu’ici « je leur ai demandé de trouver comment faire pour que le sel bouge ». Elle ajoute que dans le cours il y a une démarche à suivre et ils doivent observer le résultat de ce qu’ils ont fait.

Après Marie reprend le cours et grâce au TBI où tout avait été noté, elle peut aller rechercher tout le raisonnement, les mots, les phrases, etc. Ils n’avaient plus qu’à écrire des choses connues.

Marie ajoute : je ne m’attendais pas à ce qu’ils trouvent autant de choses, j’avais vraiment une appréhension, et en fait, je me suis rendu compte qu’ils connaissaient plein de choses. Et j’ai même trouvé plus facile de les faire chercher les éléments dans leur tête plutôt que de procéder comme d’habitude. Par exemple, entre les différents milieux, je leur mets d’habitude un graphique : ils doivent l’analyser et chercher grâce à cela dans quel milieu le son passe le mieux. Ici, je suis partie de ce que, eux, ils avaient dans la tête pour imaginer les différents milieux et comment les traverser. Cette démarche a été plus facile. Ici, tout devait venir d’eux, je n’ai donné aucun élément.

Ici elle les a invités également à transposer en dessin ce qu’ils disaient, ce qui était difficile et a amené beaucoup de discussions utiles.

« J’ai trouvé cette expérience géniale parce que j’ai vu plein de choses qui se passaient dans leur tête et que je ne vois pas d’habitude avec mon cours qui est beaucoup plus cadré. Ils savent des tas de choses dont je ne me rendais pas compte avec ce cours beaucoup plus cadrant comme on nous l’a appris à l’agrégation. J’ai trouvé ça hyper enrichissant et très chouette.»

Marie devait donner le même cours dans une autre 5e professionnelle et dans une 5e technique de qualification. Elle a procédé de la même façon a et avec autant de satisfaction. Elle compte bien répéter cette procédure, mais pas tout le temps car elle sait combien il est utile de varier les approches.

 

Commentaires de Marie après cette expérience

Mettre les élèves au défi, je pense que même sans la gestion mentale, j’aurais procédé de cette manière. Mais la gestion mentale m’a rappelé qu’il était important que les jeunes fassent par eux-mêmes. Dès lors, il est clair que l’activité « faire par soi-même » a donné la motivation aux jeunes.

Par contre, j’ai appliqué des choses qui me sont revenues en tête sur le moment:

o Donner un objectif à atteindre : « Comment faire sautiller le sel ? » avec cette idée que s’ils trouvent, ils en déduiront le titre du cours. Cela les a mis tout de suite en activité.

o Prendre le temps : laisser le temps d’aller dans sa tête, de réfléchir. Non, ce n’est pas du temps perdu. En général, je remarque que j’ai peur de leur laisser « trop » de temps car je pensais que c’était perdre le rythme, la dynamique que j’impulse et finalement perdre leur attention. Or, maintenant, je sais que c’est faux et j’essaye de contrôler cette manière de faire chez moi et de leur laisser le temps.

o Le dialogue respectueux : J’ai tenté de leur poser plein de questions afin qu’ils rendent explicite ce qu’ils avaient dans la tête. Non pas le processus intellectuel de «comment j’évoque dans ma tête ? » (visuel, auditif, verbal, etc.) mais la réflexion en tant que telle, « comment cela est-il possible ? ». Et ce, sans jugement aucun. J’ai fait un maximum pour qu’ils se sentent en confiance. Et surtout, je n’ai fait aucun commentaire sur le contenu qu’ils apportaient. Je me suis mise en mode « c’est vous qui savez ».

o Diversifier l’expression dune idée : J’ai pensé à exprimer leurs idées de différentes manières pour vérifier si je comprenais bien ce qu’ils voulaient dire mais aussi pour essayer qu’un maximum d’élèves perçoivent les notions que l’on était en train d’exprimer. C’est-à- dire par des mots clefs, des liens entre les idées, par le dessin, ou par le fait de vivre physiquement le phénomène (être une molécule d’air).

o Ne pas faire deux choses en même temps : Le fait qu’ils ne devaient pas écrire pendant le cours a maintenu leur attention. Or, souvent, on a plus l’impression que c’est le contraire. Mais dissocier le temps « réflexion » du temps « prise de note » était profitable.

Merci à Marie qui a accepté de partager son expérience.

 

Quelques mots-clés pour résumer

– Faire faire aux élèves et ne pas donner trop de matières prémâchées (« L’enseignant doit être plus un fabricant de questions qu’un pourvoyeur de réponses » (D. Favre, Cessons de démotiver les élèves, Dunod, 2015, p.140). Ici, Marie donne de la matière, des notes, des explications, mais après que les élèves aient vécu l’expérience et aient discuté beaucoup avec elle (et dessiné) pour essayer de comprendre. A ce moment, le contenu de cet enseignement a pris sens pour les élèves, les questions posées sont devenues leurs questions.

– Prendre et donner le temps de penser dans sa tête.

– La puissance du geste d’imagination : dans sa tête, devenir le son, devenir une molécule et la compréhension arrive.

– Le pouvoir de l’écoute : une écoute respectueuse, qui suppose l’accueil imperturbable de toutes les réponses y compris des erreurs, stimule les élèves, leur donne confiance, les sécurise et de ce fait, les invite à aller chercher davantage dans leur tête, à émettre des hypothèses, etc. bref, à être beaucoup plus actifs.

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